Mais une question demeure : les PME et startups ivoiriennes disposent-elles des moyens financiers nécessaires pour saisir ces opportunités et répondre aux exigences des industries extractives ?
Car au-delà de l’accès au crédit, c’est la capacité à financer les équipements, les commandes, la trésorerie et l’innovation qui déterminera la place des entreprises locales dans les chaînes de valeur extractives.
1. Une industrie extractive qui change d’échelle
Les indicateurs du secteur témoignent d'une dynamique soutenue.
Dans les mines, la production d’or a atteint 59,1 tonnes en 2024, contre 51,1 tonnes en 2023. La Côte d’Ivoire a également produit plus d’un million de tonnes de manganèse et près de 1,5 million de tonnes de nickel. 41 nouveaux permis de recherche minière ont par ailleurs été délivrés en 2024.
Dans les hydrocarbures, la production pétrolière s’est établie à 44 139 barils par jour en 2024, contre 29 481 barils par jour un an auparavant. Le développement du champ Baleine contribue à cette montée en puissance. En effet, sa deuxième phase a porté sa production à environ 60 000 barils par jour, accompagnée d’une progression de la production gazière.
Cette évolution génère des besoins dans de nombreux métiers comme les équipements, le transport, la maintenance, l’ingénierie ou encore les services industriels, la sécurité, l’environnement et les solutions technologiques.
Le contenu local constitue le cadre permettant aux entreprises ivoiriennes de prendre position sur ces marchés. Le portail officiel du contenu local recense aujourd’hui plus de 650 entreprises agréées et plus de 25 000 emplois associés au dispositif.
Le potentiel est donc réel. Il reste à donner aux entreprises les moyens de l’exploiter.
2. Le financement, le maillon faible
Pour les PME ivoiriennes, l'accès au financement demeure une difficulté structurelle. Selon l’Enterprise Survey 2023 de la Banque mondiale, 78 % des PME considèrent les contraintes de financement comme un obstacle majeur à leur croissance.
Dans une chaîne extractive, cette contrainte peut être particulièrement pénalisante.
Une entreprise peut décrocher un marché, mais devoir engager des dépenses plusieurs semaines ou plusieurs mois avant son premier paiement. Elle devra faire face à l’achat d’équipements, la mobilisation des équipes, l’approvisionnement, le transport ou le respect des exigences de certification et de sécurité.
Le problème n'est donc pas toujours l'absence de marché. Il peut s'agir du besoin de trésorerie nécessaire pour exécuter ce marché.
Les garanties constituent également un enjeu. Une PME récente ou en phase de croissance ne dispose pas nécessairement des actifs exigés par une banque pour sécuriser un crédit. Elle peut pourtant présenter un contrat solide et un donneur d'ordre de premier plan.
Cette situation impose de regarder au-delà du crédit classique et de mieux prendre en compte les contrats, commandes et flux commerciaux dans l'analyse du risque.
La question devient alors : comment financer une entreprise en fonction de ce qu'elle doit réaliser, et pas uniquement de ce qu'elle possède déjà ?
3. Des outils adaptés aux réalités des entreprises
Plusieurs instruments peuvent répondre à cette problématique.
Pour les PME structurées, le crédit bancaire associé à une garantie constitue un premier levier. En Côte d’Ivoire, la SGPME (Société de Garantie des crédits aux petites et moyennes entreprises ivoiriennes) avait permis, au 30 avril 2026, à 3 860 PME d’accéder à 114,7 milliards de FCFA de crédits, avec 59 milliards de FCFA de garanties mobilisées.
Pour une entreprise qui vient de décrocher un marché, le financement de commande peut permettre de financer les dépenses nécessaires à son exécution. Une fois la prestation réalisée, l’affacturage ou le financement de créances peut répondre au besoin de trésorerie lié aux délais de paiement.
Le Supply Chain Finance offre une approche encore plus intégrée. Il s’appuie sur la relation entre un grand donneur d’ordre et ses fournisseurs pour faciliter l'accès de ces derniers au financement. Selon une étude de l’IFC (Société financière internationale), le marché potentiel de ce type de financement en Côte d’Ivoire était estimé à près de 2 900 milliards de FCFA, dont plus de 1 190 milliards de FCFA pour le financement des fournisseurs.
Pour les investissements lourds, le crédit-bail peut également permettre à une PME de disposer d’équipements sans supporter immédiatement l'intégralité de leur coût.
Les startups répondent à une autre logique. Une entreprise qui développe une technologie pour la mine, l'énergie, l'environnement ou la gestion des données peut avoir peu d'actifs physiques, mais un fort potentiel de croissance. Dans ce cas, capital investissement, fonds propres, financement de l’innovation et partenariats industriels peuvent être plus adaptés que l'endettement traditionnel.
L'enjeu est donc moins de rechercher un financement unique que de faire correspondre l'instrument au besoin réel de l'entreprise.
4. Faire du financement un véritable levier du contenu local
Le financement des PME extractives ne peut toutefois pas reposer uniquement sur la relation entre une entreprise et sa banque.
Les grands opérateurs peuvent jouer un rôle déterminant en donnant davantage de visibilité sur leurs programmes d'achats, leurs besoins en sous-traitance et leurs commandes. Cette information permet aux financeurs de mieux apprécier la réalité des marchés auxquels les PME peuvent accéder.
De leur côté, les banques et institutions financières doivent pouvoir mieux comprendre les cycles économiques, les exigences et les risques propres aux industries extractives. Les organismes de garantie et les mécanismes de partage des risques peuvent contribuer à réduire le risque porté par les financeurs.
Cette logique de rapprochement est déjà engagée. En mars 2026, le ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie a réuni les acteurs de l'écosystème financier autour du financement du contenu local, avec l'objectif de renforcer les liens entre entreprises extractives, PME et institutions financières.
Le défi est désormais de passer d'une logique de financement ponctuel à une approche intégrée de la chaîne de valeur. Un contrat peut servir de point d’appui à un financement, une facture libérer rapidement de la trésorerie, tandis que le crédit-bail facilite l’acquisition d’équipements et que les solutions en fonds propres donnent aux innovations les moyens de changer d’échelle.
Pour la Côte d’Ivoire, l'enjeu dépasse donc la seule croissance des PME. Il s'agit de leur permettre de devenir des fournisseurs compétitifs, de changer d'échelle et, à terme, de participer davantage à la création de valeur autour de ses ressources naturelles.
Le financement est l’un des leviers essentiels pour permettre aux PME et startups ivoiriennes de transformer les opportunités de la chaîne extractive en marchés, en croissance et en emplois.
Financer le contenu local, c’est donner aux entreprises ivoiriennes les moyens de prendre durablement leur place dans la création de valeur autour des ressources du pays.